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La part des flammes de Gaëlle Nohant : histoires de femmes

Je n’avais pas particulièrement prévu de vous parler de La part des flammes de Gaëlle Nohant. Il faut dire que Lemon June l’a déjà très bien fait dans sa vidéo. C’est d’ailleurs ce petit (mais costaud) citron qui m’a donné envie de découvrir ce roman qui vient tout juste de remporter le Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2016, catégorie littérature. J’étais dans une période de réflexion et j’avais envie de m’éloigner du Young Adult pour quelque chose de plus adulte. Cette recommandation est donc tombée à pic.
       

La part des flammes de Gaëlle Nohant (Le Livre de Poche) - bandeau

Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.
       

Alors qu’est-ce qui m’a poussé à vous parler à mon tour de La part des flammes ? Tout simplement le fait que je n’arrête pas de penser aux trois héroïnes du roman, à ces trois destins forgés dans les flammes. Je me suis reconnue en elles et j’ai eu envie de faire perdurer encore un peu leurs mémoires avant de pouvoir passer à autre chose.
     

Livre inspiré de fait réels 

L’incendie du Bazar de la Charité est un fait divers que je connaissais déjà pour l’avoir étudié en cours d’histoire du cinéma. C’est marrant (façon de parler), je n’avais jamais pensé à cet évènement comme à un drame humain. Pour moi, ce n’était qu’une date parmi tant d’autres dans l’évolution du cinéma. Pour moi, cet incendie ne faisait résonner que le nom des frères Lumières. A croire que le monde autour n’avait jamais existé avant ma lecture de La part des flammes.

Il est quand même nécessaire de rappeler que La part des flammes est une fiction. Les personnages et l’intrigue de ce roman sont entièrement fictifs, même s’ils s’appuient sur certains évènements réels du mois de mai 1897, notamment ce fameux incendie du Bazar de la Charité. Si Gaëlle Nohant s’est inspirée de certains personnages historiques comme la duchesse d’Alençon, ce roman n’est pas un travail d’historienne. Comme nous le dirait le cinéma : « Ce film est inspiré de fait réels ».
Et pour réussir à donner ce réalisme, l’auteur explique avoir fait énormément de recherches et s’être plongée dans la presse de l’époque (notamment du Figaro, le Gaulois et La Croix).

La part des flammes de Gaëlle Nohant (Le Livre de Poche) - Le Bazar de la Charité, le lendemain de l'incendie
Le Bazar de la Charité, le lendemain de l’incendie

       
Pourtant, les romans historiques ce n’est pas mon truc. Mais vraiment pas du tout mon truc. Comme quoi, il faut savoir sortir de sa zone de confort.

Avec La part des flammes, nous faisons donc un plongeon, tête la première, dans le Paris du XIXe siècle. A ma grande surprise, j’ai été happée dans cette histoire, parfait mélange de manipulation, de religion, d’enquête, d’amour, d’amitié… 500 pages où je n’ai pas passé une seconde à vouloir lire la page suivante tout en ayant aucune envie d’arriver à la dernière.
           

Un livre de femmes

J’aurais pu titrer « une livre féministe » mais je trouve l’idée réductrice.

Car n’imaginez pas que La part des flammes ne parle que d’un incendie. D’ailleurs ce dernier arrive très rapidement dès les premières pages. Non, le roman de Gaëlle Nohant c’est avant tout le récit de trois femmes différentes dont le seul point commun sera de se retrouver réunies dans ce Bazar de la Charité : Violaine de Raezal, Constance d’Estingel et Sophie d’Alençon. Trois femmes dont le destin va se retrouver brisé par des flammes impitoyables. Comment vont-elles survivre à un tel drame ? Comme renaître de ses cendres ? Nous allons observer les conséquences de l’incendie sur leur vie… leur vie de femme…

Et là, me vient tout un tas de sensations pour parler justement de la vie des femmes au XIXe. J’ai été bouleversée, choquée, dégoutée, révoltée… Vraiment marquée. Nous sommes dans un contexte social qu’il faut préciser. Une révolution vient pourtant d’avoir lieu mais la condition féminine continue de se dégrader. Aucun droit politique ou civil ne leur sont octroyé. Aucune liberté. La femme est un être mineur placé sous la coupe de son mari ou bien encore de son père lorsqu’elle n’a pas accédé au rang d’épouse. En gros, la femme est une épouse et/ou une mère (sans pour autant avoir de droit sur ses enfants). Je pourrais résumer tout cela par : Sois belle, tais-toi et fais des gosses.

Et gare à vous si vous décidez d’être autre chose qu’un objet obéissant. Vous vous retrouviez abandonnées ou pire, placées en hôpital psychiatrique. Car oui, à l’époque, on avait tendance à confondre liberté et hystérie. Gaëlle Nohant nous en fait d’ailleurs une description glaçante. Ce n’est pas pour rien que le livre s’ouvre sur cette citation de Jules Barbey d’Aurevilly.

C’est si rare maintenant quand une femme a du tempérament,
que quand elle en a, on dit que c’est de l’hystérie.

 La part des flammes de Gaëlle Nohant (Le Livre de Poche) - Hystérie des femmes au 19e

         
Mais voilà, Violaine, Constance et Sophie ont décidé qu’il en serait autrement. Les trois héroïnes vont se rebeller, chacune à sa manière pour ne pas finir comme des jolies poupées brisées avec lesquelles nous ne voulons plus jouer. Je me suis attachée à ces trois femmes, à leur caractère et leur détermination. De beaux exemples de courage incroyablement détaillés et donc réalistes et émouvants.
Les personnages secondaires ne sont pas en reste : Joseph, Laszlo, Mary, Cécile… Tous sont une preuve supplémentaire de la qualité d’écrire de Gaëlle Nohant. Une vraie peinture.

Gaëlle Nohant nous offre donc une description des mœurs de la Belle Époque, avec un Tout-Paris embourgeoisé, qui n’est pas glorieuse et qui assène un coup supplémentaire à la classe féminine. Vous ne trouvez pas ça bizarre que sur 124 victimes il y eu 118 femmes et seulement 6 hommes… sur plus de 1 000 invités ? Selon certains témoignages, la majorité des hommes non seulement ne pensait qu’à sauver leurs fesses, mais pire, elle se frayait un passage dans la chair féminine, à coups de pieds, à coups de poings, à coups de talons, à coups de canne. Un bordélique et violent « Chacun pour soi ». Une loi du plus fort qui logiquement s’avéra gagnante pour les hommes (ndlr : les perruques, les robes à froufrous & Co).
     

Bon je parle, je parle, je parle mais il va bien falloir que je m’arrête. Je crois que je pourrais continuer à vous parler de La part des flammes toute la nuit. J’ai l’impression d’avoir encore tellement de chose à vous dire. J’espère vous avoir donné envie de découvrir ce roman. Gaëlle Nohant possède une très belle plume qui se lit facilement et rapidement. L’auteur a mis du cœur dans son ouvrage ce qui fait que chaque page est bourrée d’émotion. Une histoire tragique mais en même temps pleine d’espoir. Un magnifique coup de cœur.
         

La part des flammes de Gaëlle Nohant (Le Livre de Poche) - couverture


La part des flammes
 de Gaëlle Nohant
Le Livre de Poche
Parution le : 09/09/2016
(Prix des lecteurs Le Livre de Poche 2016 / Prix du
Livre France Bleu / Page des Libraires 2015)
552 pages – 8.60 €

 

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