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The Girls d’Emma Cline, la pépite de la rentrée

La rentrée littéraire, voilà bien quelque chose que je regarde de loin. Pour moi, c’est à peu près le même principe que tous les « grands » prix littéraires : du marketing. Une tentation supplémentaire (déjà que ce n’est pas très difficile) de nous envoyer directement voir nos libraires.
Mais voilà, petite curieuse que je suis, je jette toujours un coup d’œil aux sélections et cette année, je suis tombée sur une véritable pépite (vraiment, je vais vous en parler et reparler pendant longtemps), un énorme coup de cœur littéraire : The Girls, d’Emma Cline.
          

The Girls d'Emma Cline (chez Quai Voltaire) bandeau

Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Lorsqu’une dispute les sépare au début de l’été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell.

          
J’ai choisi The Girls parmi tant d’autres tout simplement pour l’ombre de Charles Manson planant sur le roman. J’ai toujours été attiré, psychologiquement parlant, par ce qui traite des tueurs en série, gourous et dictateurs. L’aura que ces hommes pouvaient (et ont toujours) avoir sur les femmes me fascine. Mais avec The Girls, ne soyez pas surpris, Emma Cline ne traite la « Manson Family » qu’en légère toile de fond*. L’auteur préfère nous parler de rapports entre les hommes et les femmes, ces adolescentes (The Girls) perdues dans leur âge et leur sexe. Comment passer du statut de fille à femme ?
Dans le livre, elles sont incarnées par Evie, Suzanne, Sasha, Helen & co mais cela pourrait être n’importe quelle fille. Elles se retrouvent être de simples poupées obéissantes, nourrissant secrètement l’espoir de se faire remarquer et d’être sauvées par un preux chevalier ou par un quelconque sentiment d’appartenance. Un conte de fée version hippie ou, « Il était une fois une jeune fille dans une société moderne ».

Emma Cline nous parle d’un âge au féminin, l’adolescence, avec une approche à la limite du documentaire tellement ses mots sont sincères et justes.

Tout ce temps consacré à me préparer, à lire des articles qui m’apprenaient que la vie n’étaient en réalité
qu’une salle d’attente,
jusqu’à ce que quelqu’un vous remarque, les garçons l’avaient consacré à devenir eux-mêmes.

Pauvres filles. Le monde les engraisse avec des promesses d’amour.
Elles en ont terriblement besoin et la plupart d’entre elles en auront si peu

Nous découvrons une Evy, la bonne cinquantaine qui replonge en plein été 69, alors qu’elle n’avait que 14 ans, des parents divorcés, une amie plutôt effacée et  surtout, une quête d’une attention remplie désir. En faisant revenir à la surface ses souvenirs, Evy va avouer s’interroger depuis des années sur la même question : aurait-elle pu le faire ? Devrait-elle être en prison ?

J’ai vraiment aimé ce questionnement sur la frontière entre le bien et le mal. Il semble si simple de dépasser les limites, celles du non-retour. C’est quelque chose, je pense, que nous avons tous ressenti au moins une fois dans notre vie. Ce petit truc, cette folie qui fait pencher la balance du bon ou du mauvais côté, est-il ancré en nous tous, dormant et attendant un déclencheur ?

The Girls d'Emma Cline (chez Quai Voltaire)
Emma Cline

           
Emma Cline
a mis plusieurs années pour écrire The Girls et j’espère que son prochain roman ne tardera pas trop à arriver. J’ai été incroyablement envoûté par ce nouveau gourou de la littérature américaine. Quelle maturité ! Chaque phrase de son roman est d’une rare beauté. C’est poétique et en permanence étrangement métaphorique. The Girls, malgré un sujet dur, offre un récit calme, innocent mais qui bouillonne de désir et de violence.

La découverte de la rentrée. A lire et relire.

The Girls d'Emma Cline (chez Quai Voltaire) - Couverture

The Girls d’Emma Cline

Traduction de l’anglais : Jean Esch

Quai Voltaire / Editions de la Table Ronde

Parution le : 25/08/16

336 pages – 21 €

           

*Les personnages sont fictifs mais facilement transposables à la « Famille Manson ». Russel = Charles Manson / Suzanne = Susan Atkins / Evie = Linda…

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