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The Handmaid’s Tale : série intemporelle et glaçante

The Handmaid’s Tale. Peut-être qu’à première vue, cela ne vous dit rien. Il s’agit du titre en version originale de La servante écarlate, l’excellent livre de Margaret Atwood.
J’ai eu la chance de découvrir ce roman grâce à la chaîne booktube Il était une fois Perseneige, lors de la première édition du Fémini-books. Et ça a été un véritable choc. Ce livre m’a hanté jours et nuits, et à vrai dire, l’arrivée de son adaptation en série TV m’oblige à voir la vérité en face : il m’obsède toujours avec autant de force. Je ne peux pas m’empêcher de me demander : « Combien de temps nous reste-t-il avant ? » ou « Que se passerait-il si ? ». Et croyez-moi, la période électorale n’arrange rien…
        

Dans une société dystopique et totalitaire au très bas taux de natalité, les femmes sont divisées en trois catégories : les Epouses, qui dominent la maison, les Marthas, qui l’entretiennent, et les Servantes, dont le rôle est la reproduction.

         
Tout commence par un pays américain tellement pollué que cela entraîne une importante chute de la natalité. La pollution a rendu les femmes quasi infertiles. Mais ce n’est pas la mauvaise gestion de l’environnement qui a causer ce désastre, non, ce sont, apparemment, les idées progressistes de sa population. Etrange ? Louche ? Bienvenue dans un pays en guerre civile où tout a basculé au prétexte de vouloir protéger son peuple.
Ici, les Etats-Unis s’appellent Gilead et leur drapeau n’a plus que deux étoiles. Les multiples crises en tout genre ont permis l’application de la loi Marshall. Cette dernière est utilisée pour vaincre une soi disant menace terroriste mais elle est surtout mise en place pour imposer un nouveau gouvernement : un régime autoritaire qui s’inspire d’une lecture littérale de la Bible. (Coucou le parallèle avec l’état d’urgence et les lois passées à coup de 49-3). Résultat : le peuple a peur et se retrouve en grande majorité à obéir. Les autres sont traqués et pendus ou envoyer dans des colonies pour nettoyer une terre polluée.

Parlons un peu de la femme qui devrait être traitée avec un égard sans fin, étant la seule à pouvoir enfanter et donc, à faire perdurer la race humaine. Et bien non, loin de là même. La femme se retrouve classifiée en trois grandes catégories. Elle est soit relayée au rôle de reproductrice (les servantes), de domestique (les Martha) ou de compagne (les femmes De). Elles perdent, et cela peu importe leur catégorie, tout droit, toute humanité. L’homme (notez le petit H) est visiblement le seul à pouvoir empêcher cette extinction.
        

The Handmaid’s Tale_Elisabeth Moss est Defred et Alexis Bledel est Deglan.

         
Mais, au-delà de ce chaos, nous allons suivre June/Offred : femme pouvant encore donner la vie. On lui enlève sa fille, on tue son mari et elle devient donc l’une de ses fameuses servantes, perdant de droit son nom pour être un objet reproducteur attribué à un commandant (Of Fred = de Fred pour le commandant Fred Waterford). L’histoire d’Offred est sombre mais la servante reste vivante grâce à l’espoir qui l’habite. L’espoir de s’accrocher au passé, l’espoir de retrouver sa fille mais aussi et surtout, l’espoir d’une rébellion qui se met peu à peu en place.
Car dans un monde où chacun est surveillé et où la lecture est interdite, comment transmettre ? Qu’adviendra-t-il des prochaines générations « miracle » qui n’auront connu que cette dictature qu’elles considéreront comme la normalité ?

 

Du livre au petit écran

L’adaptation de The Handmaid’s Tale est, du moins après trois épisodes, brillante et audacieuse.

Le livre de Margaret Atwood est le récit du témoignage d’Offred. Nous n’avons donc que le point de vue de ce personnage. La série, tout en gardant cet aspect grâce à la voix-off d’Offred, prend le parti de nous montrer les « coulisses » en suivant également l’histoire de Deglan (et je pense que par la suite nous aurons celle de Moira et je l’espère de Serena Joy, Tante Lydia et pourquoi pas d’une Martha). Cela nous permet de mieux comprendre l’univers de The Handmaid’s Tale mais aussi, grâce à cette précision, de rendre les choses encore plus terrifiantes.
J’ai tellement hâte de voir ce que nous réservent les 7 derniers épisodes. Quels choix vont-être pris ? Quel dénouement pour la série ? A quel point la série va-t-elle coller au livre ou s’en libérer ? Est-ce que la série a été pensée pour avoir d’autres saisons ?

Chaque épisode de The Handmaid’s Tale explose comme une bombe d’émotion, augmentant la tension, le malaise que procure la série. La mise en scène, enchaînant les gros plans, est asphyxiante. L’image elle, est sublime : passé et présent ont chacun leur propre photographie, jouant sur des couleurs pleines de réalisme. Et la bande-sonore… Oh que je l’aime cette bande-son. Chaque titre apporte une puissance au récit, électrisant et mélancolique (ce sont des classiques réadaptés, tel que Heart of glass, Don’t you ou You don’t own me) ma rappelant mes émotions de The Leftovers. J’espère qu’une sortie en album est prévue car c’est un véritable petit bijou.
       

The Handmaid’s Tale_Elisabeth Moss est Defred

          
Mais pour porter un sujet aussi violent et parlant, il faut plus qu’un livre parfait. Il faut un casting impeccable. Elisabeth Moss (Offred) brille une fois de plus. Elle crève l’écran. Les gros plans sur son visage me transpercent. Je suis également sous le charme d’Alexis Bledel (Deglan), qui sort enfin de ce rôle gentillet de Rory Gilmore. Mais il y a aussi Samira Wiley, Yvonne Strahovski, Ann Dowd… Bref, tout le casting est époustouflant et incroyablement intense.

 

Un sujet universel et intemporel

The Handmaid’s Tale dénonce une domination patriarcale qui est, malheureusement, toujours aussi présente, l’élection de Donald Trump n’ayant pas arrangé les choses pour les Etats-Unis. Mais faut-il parler d’une dystopie féministe pour autant ?
Dystopie : oui, sans aucun doute. Féministe : je laisse Margaret Atwood y apporter son éclairage. L’autrice explique que pour elle, The Handmaid’s Tale n’est pas féministe car « Gilead est une dictature de type classique : construite sur le modèle d’une pyramide, avec les plus puissants des deux sexes au sommet à niveau égal », alors que « Dans une dystopie féministe pure et simple, tous les hommes auraient des droits bien plus importants que ceux des femmes ». (*)
Cependant, la réalisation et les libertés prises sur le roman pour son adaptation lui apportent incontestablement, pour moi, une portée féministe et humaniste.

Tout ce qui est raconté dans The Handmaid’s Tale fait écho à notre histoire. Rien n’est inventé : les pendaisons, les lynchages publics, les tenues propres à chaque caste et classe, l’interdiction d’apprendre la lecture ou pour les femmes de travailler, la suppression du droit de la propriété, le vol d’enfants organisé par des régimes… La liste est longue. Et si elle vous fait hurler de honte, sachez que tout cela n’est que l’ombre de notre passé, de notre présent et de notre futur.
        

The Handmaid’s Tale_Alexis Bledel est Deglan.

      

Après avoir regardé et éprouvé les trois premier épisodes de The Handmaid’s Tale, je me suis rendue compte que j’étais bien plus que bouleversée. J’étais (et je suis) en colère. Pas seulement en tant que femme et mère, mais en tant qu’Homme. Cette série me fait pleurer devant la violence de notre monde actuel et la noirceur qu’il prend de jour en jour. J’ai l’impression que tout rétrograde. Ça commence par de petites choses et ça se termine par…
The Handmaid’s Tale est réellement effrayante. Elle nous happe dans son monde sombre et fascinant car cruellement actuel et nous interroge sur une seule et unique question : pouvons-nous avoir confiance dans l’Homme ?

Je finirais cet article en citant une phrase de Simone de Beauvoir :
« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. »

 

The Handmaid’s Tale / La servante écarlate - Affiche


The Handmaid’s Tale
Série créée par Bruce Miller / Réalisation : Reed Moreno
Diffusée sur Hulu – 1 saison de 10 épisodes (+/- 50 mn)
Avec : Elisabeth Moss (Defred), Joseph Fiennes (Le commandant),
Yvonne Strahovski (Serena Joy), Alexis Bledel (Deglan), O-T Fagbenle (Luke),
Max Minghella (Nick), Samira Wiley (Moira), Ann Dowd (Tante Lydia)…

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Un livre à lire. Une série à regarder.
Je le recommande dans ce sens. Les deux sont excellents et complémentaires.

 

(*) Postface dans l’édition anniversaire de La servante écarlate chez Pavillons poche (Robert Laffont).

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5 p'tits mots doux

  1. Je viens justement de terminer ce livre, je l’avais vu sur un blog et par chance ma bibliothèque l’avait… il m’a aussi beaucoup perturbée, je ne savais pas qu’une série avait vu le jour !

  2. Merci infiniment pour ton article ! Je l’ai lu hier soir, j’ai fait une copie d’écran et voilà que 24h après j’ai visionné les 3 épisodes… Une claque ! J’adore ce type d’ambiance, ce futur noir qui n’est pas à l’opposé de ce qui nous attend. Un grand merci pour la découverte ! Je reste pourtant informée sur la sortie des nouvelles séries mais celle ci… inconnue, je n’en avais jamais entendu parlé ! J’en ferais d’ailleurs un article, c’est sur, c’est un petit bijou ! Merci Merci Merci !

    • Coucou. Oh tu ne peux pas savoir comment ton message me fait plaisir ! Pour moi ce livre a été une véritable claque alors je profite de la série pour faire connaitre cette histoire un maximum… Mission accomplie 😉
      J’ai vu que le 4e épisode été sorti. J’ai très envie de le voir mais chaque épisodes me tord les tripes tellement tout ce qui y est raconté est poignant !
      Tiens moi au courant si tu fais un article que je continue ma mission de « bonne parole » ^^

  3. La série est dans ma wish !

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