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Wonder Woman : Pourquoi tant de haine ?

DE-CEP-TION. Voilà le premier mot que j’ai prononcé en sortant de l’avant-première de Wonder Woman. Je me suis dit : « Holala il ne va pas falloir que je me fasse interviewer parce qu’avec moi, ils (les journalistes) vont être servis ».

Pourtant ça commençait bien. Vraiment, vraiment bien ! C’est bien joué, les effets spéciaux sont magnifiques, il y a de l’humour et l’histoire mélangeant naissance de l’icône et mythologie, pleine de promesses. Après l’échec d’Elektra et de Catwoman, tiendrions-nous avec Wonder Woman le premier bon film avec une héroïne super-héros de comics ?

J’avais très envie de répondre oui mais malheureusement pour moi, ça sera non. Un petit non cependant. Je reconnais que Wonder Woman est un film divertissant et plein de qualités. Mais je pense que j’avais beaucoup d’espoirs pour que justement, il en ressorte quelque chose d’autre, quelque chose de mieux, quelque chose de nouveau et d’engagé. Wonder Woman n’est tout simplement pas le film que je souhaitais voir.

Même si je l’espérais, je savais pertinemment qu’en allant voir Wonder Woman je ne ne verrais pas un film féministe. Il n’en a jamais été question. Peut-être que vous verrez cet avis comme celui d’une personne hystérique, qui se prend la tête avec des choses futiles, ou je ne sais quoi d’autres. Mais c’est juste que je suis fatiguée de voir toujours les mêmes choses. Rien n’évolue et nous continuons d’applaudir. Ça me fait chier.

            
Wonder Woman - Film féministe ? (Le comics)

     

Wonder Woman est un personnage de comics qui prône beaucoup de belles valeurs, particulièrement inspirantes pour les filles et les femmes qui (re)trouvent confiance en elles, plus particulièrement dans des domaines classifiés de « Réservés aux hommes ». Là, avec ce film, je ne l’ai pas ressenti. Oui Gal Gadot offre quelques répliques et moments bien piquants. Mais ces efforts, noyés dans l’ensemble du film, perdent toutes leurs saveurs.

Le problème pour moi, c’est qu’en 2017, nous ne pouvons plus adapter une histoire datant de la Seconde Guerre Mondiale sans y faire des ajustements majeurs.

Mais posons la question à mon pote Larousse : ça veut dire quoi adapter ?
« Modifier la pensée, le comportement de quelqu’un pour le mettre en accord avec une situation nouvelle, ou modifier quelque chose pour l’approprier à quelqu’un, le mettre en accord avec quelque chose : Adapter son comportement aux circonstances.
Transposer une œuvre pour qu’elle convienne à un autre public, à une autre technique. »

Ok, donc je ne suis pas folle. Quand on parle d’adaptation, il est tout à fait possible de modifier des choses sans dénaturaliser l’œuvre d’origine.
Fallait-il garder le fait que Wonder Woman est une secrétaire quand elle arrive dans ce monde masculin ? Fallait-il vraiment imposer le personnage de Chris Pine (Steeve) ? Et justement, fallait-il garder l’histoire d’amour entre les deux cocos ? Car sur ce dernier point, rappelons que dans la version 2016 du comics, Wonder Woman est bisexuelle, et ça, bordel, ça colle tellement mieux à la vision que je me fais en 2017 de cette héroïne.

Et pourquoi diable, Wonder Woman reste belle en toute circonstance ? Elle se bat, se fait exploser aux quatre coins du champ de bataille mais elle reste toujours impeccablement coiffée et, s’il-vous-plait, sans aucune égratignure. Il ne faudrait pas abîmer cette jolie bouille quand même. Ok pour une femme que se bat, mais qu’elle reste belle alors. Vous pourrez d’ailleurs noter la maîtrise impeccable (en plus de l’épée)  de la cire épilatoire, technique ancestrale bien connue des Amazones.

Wonder Woman - Film féministe ? (Gal Gadot)

        
En fait, je pense que mon questionnement le plus important concerne l’importance du rôle masculin dans Wonder Woman. N’était-ce pas suffisant d’avoir une super-héroïne en personnage principal ?  Fallait-il vraiment donner son super moment d’héroïsme à Steeve, dit l’homme de la situation qui débloque tout et sauve tout ?

Cette importance, c’est pour moi le plus gros défaut de Wonder Woman.
Supprimez l’histoire d’amour et le « Je t’aime » salvateur, vous aurez le même film… mais en mieux. Wonder Woman est une (ce n’est pas moi qui le dit, c’est écrit sur l’affiche) « Déesse. Guerrière. Légende ». Elle a été entraînée et conditionnée toute sa vie pour réaliser sa mission. Enfin c’est ce que je croyais parce que finalement, le film nous dit l’inverse. Sans cet homme, elle ne peut y arriver. C’est son moteur. Mieux, c’est cet homme qui l’éduque. J’ai bien conscience que cette déclaration et cet acte héroïque sont censés lui faire comprendre que oui,  l’Homme est mauvais, mais qu’il possède aussi de la bonté. Il faut donc qu’elle se batte pour les Hommes afin de « Libérer le monde du mensonge, de la haine et de la guerre ». Mais ce choix est quand même symbolique. Comme l’incarnation du sois belle, bats-toi et tais-toi.

D’ailleurs nous avons le même schéma du côté des méchants. Le gros méchant – dans les comics c’est THE méchant – est censé être la Docteur Maru (Elena Anaya), mais non, c’est Ludendorff (Danny Huston) qui est mis en avant. Un homme ça fait plus peur d’abord.

           
Wonder Woman - Film féministe ? (Gal Gadot et Chris Pine)

          
En y réfléchissant de plus près, il est clair que Wonder Woman est un film qui a le cul entre deux chaises. Les studios ont été incapables de faire des choix.

Oui, ils tentent de surfer sur la vague du féminisme pour attirer des spectatrices. Ils mettent quelques répliques qui font plaisir à droite à gauche et surtout, pour faire la promotion, ils appuient sur le fait que la réalisatrice, Patty Jenkins, est une femme. Super. Enfin, vite fait. Parce que derrière cette réalisatrice, les équipes de scénaristes et de producteurs sont à 99,9999 % masculine, donc bon… Et puis d’un autre côté, le féminisme est un mot effrayant. Alors, chut, il ne faut pas utiliser le mot qui commence par F. Imaginez sinon, le public masculin risque de se faire la malle. Et puis c’est bien connu, il n’y a que les hommes qui regardent des films de super-héros.

Je me moque, mais ce n’est quand même pas facile de vendre un film de super-héros avec une héroïne en personnage principal. Pauvres studios incapables de faire preuve de cran. Non mais c’est vrai, le choix était trop cornélien. Je les imagine en réunion :
– Fuck Bob, c’est quoi la cible de notre film ?
– Fuck Bill, j’en sais rien. Et puis elle est fucking con ta question, pourquoi on choisirait ?
– C’est Barry au market qui veut savoir.
– J’sais pas. Fuck Bill, on verra à la sortie du film.
– C’est quand même fucking chaud, c’est une bonasse  qui démonte tout le monde, les mecs viendront pas voir ça.
– Mais si, pour se rincer l’œil.
– Fuck Bob, et si on rajoutait plein de héros secondaires masculins pour leur dire qu’en vrai les vrais héros c’est eux ?
– Ouais mais fuck Bill, les filles viendront plus voir le film alors ?
– Mais si Bob, je sais, on va mettre une fucking réalisatrice et vendre des produits maquillage et fitness avec la tête de Wonder Woman dessus.
– Fuck Bill, t’es un fucking Dieu ! C’est toi le vrai héro de ce film.

Voici la recette miracle pour obtenir un Wonder Woman des plus cliché, qui finalement, ne peut même pas se vanter de prôner l’égalité des genres. Non, Wonder Woman n’est pas un film féministe. Parce que clairement, ces décisions ont juste pour volonté de racler un maximum de spectateurs, pas de porter des idéaux d’égalité. Devant ce film, j’ai vu beaucoup de chose mais il y a une chose que je n’ai pas vu, ce sont des hommes et des femmes qui se battent ensemble.
         

Wonder Woman - Film féministe ? (anniversaire)

        
C’est encore une fois le cœur plein de regrets que je vous tapote toute cette confession. J’aurais aimé vous faire un post de critique basique (un film d’action moyen, drogué aux ralentis, mais divertissant si vous ne faites pas les difficiles) mais ça serait mal retranscrire ce que ce film me fait ressentir. J’en attendais beaucoup et j’en ai eu que très peu. J’y ai cru, je suis rentrée déçue, dupée… Mais pas désespérée. J’ai l’espoir que ce film puisse ouvrir la voix. J’y crois, c’est possible. C’est même Wonder Woman qui le dit : Nous pouvons vaincre la guerre par l’amour. Et puis c’est tout !

 

Wonder Woman - Film féministe ? (l'affiche)

 

Wonder Woman
Un film réalisée par Patty Jenkins
Date de sortie : 7 juin 2017
Durée : 2 h 21
Avec :  Gal Gadot, Chris Pine, Connie Nielsen,
Robin Wright, Danny Huston, Elena Anaya…

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8 p'tits mots doux

  1. Ce film ne me tentait pas trop, et il me tente encore moins maintenant, tout ce que tu dis ne m’étonne même pas… De toute façon je trouve que l’actrice ne correspond pas bien au rôle puisque je trouve que, comme tu l’évoque, elle fait trop « madame parfaite » pour une guerrière…
    Un film que je n’irai pas voir

  2. Ton dialogue fictif est très caricatural, mais honnêtement, je suis assez sûre que c’est pas si loin de la réalité que ça. Le problème c’est que les films de super-héros sont devenues de telles franchises, avec la guéguerre DC / Marvel, et attirent un public tellement large maintenant qu’il ne faut surtout pas trop sortir des clous.
    C’est vraiment dommage, à la limite, je préférais quand c’était encore considéré comme un truc « geek » dans le sens péjoratif. Au moins, il y avait un peu plus de libertés prises.

  3. Aurait-il fallu qu’elle ait du poil au gambette et que ça frise sous les bras pour que le film vous convienne ? 😀

    Personnellement j’ai trouvé le film très convaincant et l’actrice aussi ! La réalisatrice pose un regard bienveillant sur les personnages, on voit clairement que c’est filmé par une femme car on n’a pas l’impression pour une fois de se voir livrer une héroïne exposée comme un bout de viande pour homme en rut !!

    j’en dis plus par ici si ça vous dit : http://letrangelibrarium.blogspot.fr/2017/06/wonder-woman-de-patty-jenkins.html

  4. Enfin une personne qui se rend compte à quel point ce film n’est pas féministe. Personnellement, que Diana n’ait pas de poils aux pattes ou ailleurs ça m’est égal, on peut être féministe et s’épiler, c’est pas le problème.

    En revanche qu’elle s’extasie devant un bébé… On retombe dans le cliché de l’instinct maternel (qui n’existe pas, sinon il n’y aurait aucun enfant abandonné ou mal aimé dans le monde animal, ce qui n’est pas le cas). Elle n’est pas une leader mais une suiveuse, c’est toujours steeve qui lui dit quoi faire et lorsqu’elle décide de faire quelque chose, c’est sur un coup de tête (cliché de la femme émotionnelle alors que l’homme est au contraire raisonnable). Elle n’est jamais prise au sérieux, se bat dans les tranchées mais n’est jamais sale, est toujours renvoyée à son statut de femme (en gros on lui rappelle que vu qu’elle a un vagin, son avis compte pas), Steeve a un rôle presque aussi important que le sien alors que dans les autres films ce genre de personnage n’a qu’un rôle d’intérêt amoureux. Elle ne se défend jamais quand on lui fait des remarques sexistes.

    Enfin bref, ils ont vendu ça comme un film féministe pour attirer plus de public et le pire c’est que ça marche, beaucoup de critiques applaudissent le « féminisme » du film alors que femme forte en tête d’affiche =/= féminisme hein. C’est la preuve que certaines personnes aiment le féminisme lorsqu’il est « gentillet », pas trop revendicatif: un ersatz de féminisme est suffisant à leurs yeux.

    • MERCI de partager ton avis sur le film ! Je n’avais pas fait attention à l’instinct maternel mais tu as tellement raison. Un truc de plus qui fait vraiment que se film me donne la gerbe…

    • Salut Hellodie,
      Je ne pense pas que le fait qu’il y ai des enfants abandonnés prouve que l’instinct maternel n’existe pas. Cela prouve tout au plus que certaines femmes en sont dépourvues, ou que l’instinct de conservation est parfois plus fort. (J’insiste sur l’utilisation du verbe « prouver »). Bien sur, la même chose peut être dite des hommes. Le film indique aussi que Diana était la seule enfant de Themiscira. Elle n’a jamais vu de bébé de sa vie : on ne peut pas dire que c’est faire de l’anti-féminisme que de décider qu’elle trouve mignon le premier sur lequel elle pose les yeux. Je connais plein de gens des deux sexes qui aiment bien les bébés.(Je tiens à préciser que je ne connais rien à l’instinct, maternel ou autre.)
      Quand à son rôle de femme parmi les hommes, il faut se rappeler que cette histoire se situe pendant la 2nde guerre mondiale : une époque ou le monde était beaucoup plus macho qu’il ne l’ai aujourd’hui, qui plus est en période de conflit.
      Wonder Woman n’est pas un film féministe, je suis d’accord. Et je comprends bien que quelqu’un étant allé le voir dans cette optique (ce qui est logique vu la communication qui a entour&é la sortie du film) en soit ressorti déçu(e). Mais il ne vire pas non plus dans extrême inverse. Les femme ne sont pas objectivées, si ce n’est pour décrire (un peu mollement je l’avoue) une époque où elles étaient traitées injustement. Ce n’est( donc pas en pointant du doigt les passage du film qui ne sont pas féministes que les chose changeront, mais plutôt en donnant des idées, ou mieux, en se concentrant sur les films qui livrent réellement ce combat, et non pas celui du box-office.

      Pour ma part j’ai trouvé le film aussi divertissant qu’un bloc buster ou le personnage principal serait un homme, ce qui hélas est presque un exploit en soi. Pas une seule fois le sexe de Wonder Woman n’a influé sur le déroulement du scénario, dans le sens où les aventures de Wonder Man et Stevette Trevor se seraient déroulées de la même façon.

      Celine, je suis entièrement d’accord avec toi en ce qui concerne les méchants du film. Maru est pratiquement soumise à son boss, malgré le fait qu’elle soit clairement la tête pensante de l’équipe.

  5. Salut ! Je viens de voir le film en toute illégalité, et j’ai fouillé sur YouTube et sur mon moteur de recherche pour trouver un article comme le tien. Tu as dit tout ce que j’avais en tête, et je suis abasourdi qu’autant de gens puissent étiqueter ce film de féministe, et même juste de subversif du genre super-héroïque. Sans parler du fait que c’est en majorité des gars blancs cis qui font ces critiques.

    Ça me soulage! Je partage ton article (hyper complet, vraiment, j’insiste), et je dors l’esprit tranquille 🙂

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