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The Hate U Give, bandeau

The Hate U Give : une adaptation puissante

J’ai été très touchée (bouleversée serait surement un meilleur mot) par ma lecture de The Hate U Give d’Angie Thomas. Rien que de repenser à ce roman, j’ai comme une boule au ventre qui se forme et les larmes sont prêtent à couler. Alors voir sa version cinématographique est une évidence qui s’est imposée naturellement. Peut-être que derrière, j’avais la secrète ambition de pouvoir tourner la page, de mettre cette histoire de côté une bonne fois pour toute. Bien tenté… Mais penser que ce film pourrait agir comme un divertissement était stupide et je l’ai compris dès la scène d’ouverture. En trente secondes top chrono, j’ai su que The Hate U Give aller me foutre au tapis une fois de plus.

The Hate U Give s’ouvre sur la jeune Starr (9 ans) en train de recevoir une leçon un peu particulière de la part de son père : « Si un policier t’interpelle, tu fais ce qu’il te dit. Tu mets tes mains bien en vue, tu ne répliques pas. ». Comme un cours qui pourrait s’appeler : comment bien se comporter pour ne pas se faire tuer par les forces de l’ordre en cinq leçons.

Cette scène elle est forte, violente et agit comme un uppercut parce que c’est quelque chose que je n’aurais jamais à vivre. Je n’ai qu’à me soucier de parler contraception avec ma fille quand d’autres parents doivent apprendre à leurs enfants à survivre face à la haine des autres. Parce qu’ils sont noirs. Parce que la couleur de leur peau les met en danger. Tous les jours. Toutes les putains de jours qui passent.

Cette scène, ce n’est pas de la fiction. Ça s’appelle « The talk » et vous pourrez trouver des tutos sur internet pour prodiguer les meilleurs conseils à vos enfants… Pendant que d’autres vous apprendront à bien étaler votre fond de teint à 50 €. Les gestes qui sauvent quoi…

The Hate U Give, le film, avec Amandla Stenberg _ The Talk

The Talk

En tant que blanche privilégiée, en plus une femme, qu’on se le dise, je ne pourrais jamais comprendre ce que vivent les personnages et des façon générale, les personnes de couleurs. Ma couleur et mon sexe font tout simplement de moi une gentille. Cette scène, c’est l’introduction parfaite pour faire taire en un claquement de doigt l’existence d’un possible racisme anti-blanc.

Et une autre scène viendra compléter ce propos de façon tout aussi brillante, en y ajoutant la force des préjugés. Starr devenue ado demande à son oncle noir, policier, ce qu’il aurait fait si, à la place de son ami décédé Khalil, c’était un garçon blanc. La réponse fait froid dans le dos : « Le blanc je lui demande de poser son arme. Le noir, je ne prends pas de risque, je tire. ».

THUG LIFE

The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody. T-H-U-G-L-I-F-E.
La haine que vous inculquez à vos enfants finit par tous nous niquer.

Une phrase de 2pac, un titre qui donne tout son sens à The Hate U Give : la haine est un état d’esprit qu’on transmet aux gens qui nous entourent, même à ceux en bas âge, en ensuite, ça nous pète à la gueule.

Alors c’est vrai que quand on voit la reprise dans des mèmes d’internet, ça pique. C’est même triste de se dire que la force du slogan a été (presque ?) complètement effacée par notre culture populaire.

Des films qui traitent du racisme, il y en a déjà eu beaucoup mais je trouve une tonalité différente à The Hate U Give. Peut-être parce qu’il ne dégage pas ce côté « livre d’histoire » comme ce que j’ai pu ressentir avec Blackkklansman, Dear White People, La couleur des sentiments ou encore Invictus. Ici l’histoire est ancrée dans une réalité moderne. Il n’y a pas de contexte historique.

Et le traitement Young Adult est parfait, tout simplement parce qu’il rend The Hate U Give accessible. Par cette simplicité, le film permet d’ouvrir un dialogue mais aussi d’aider les gens à renforcer l’estime qu’ils ont d’eux. Car dans un sombre monde où certains se pensent supérieurs par leur couleur de peau, il est également important de rappeler que personne ne peut vous rabaisser pour cette raison… Même si c’est « Juste une blague ».

The Hate U Give parle donc de racisme et de violence policière. Mais on y aborde aussi de guerre des gangs (même si l’affrontement entre les King Lords et les Garden Disciples est minimisé dans le film), de trafic de drogue, des perspectives d’avenir restreintes pour ces classes sociales. Et par-dessus ce background, on nous raconte l’histoire de Starr.

The Hate U Give, le film, avec Amandla Stenberg

Starr, interprétée par Amandla Stenberg

Starr est une ado qui cherche à savoir qui elle est vraiment (le récit initiatique est la base de toutes les histoires de Young Adult). Comment peut-elle accepter son héritage afro-américain sans pour autant être définie exclusivement par ce dernier. Elle cherche son équilibre entre le quartier pauvre, noir, où elle vit et l’école privée, majoritairement blanche où elle étudie. Comment équilibrer ces deux aspects dans sa vie ? Etouffée sous ses deux identités, mais déterminée à faire justice à Khalil, Starr va d’abord devoir se trouver elle-même avant de pouvoir faire ses choix.

“Je ne vois pas la couleur”
“Si tu ne vois pas la couleur, alors tu ne me vois pas moi “

Le personnage de Starr est très complexe, c’est donc un bonheur de voir Amandla Stenberg lui donner vie dans The Hate U Give. L’actrice illumine le long métrage. Il y a quelque chose d’authentique en elle, de poignant. Son militantisme au quotidien apporte la force qui fait la différence. Ce film, c’est grâce à Stenberg qu’il se hisse à un autre niveau.

Du livre au film

Je ne sais pas comment vous parler de The Hate U Give plus simplement qu’en vous disant : vous devez le voir. Ou lire le livre. Ou les deux. Au choix. Mais vous ne pouvez vraiment pas passer à côté. Alors oui, le film n’est pas parfait. Mais ce ne sont à mes yeux que des défauts d’adaptation qui n’empêchent en rien le propos de l’histoire d’être compris et de marquer. Ils les rendent peut-être juste un peu plus faible.

J’ai été assez déçu de découvrir le choix de réduire l’importance de certains personnages. Si DeVante est supprimé sans trop de gêne, c’est un peu plus embêtant avec l’atténuation de Maya et Chris.
Maya est une asio-américaine subissant elle aussi du racisme à l’école de Starr. Elle permettait, pour moi, de représenter dans le livre l’ensemble des minorités et des communautés marginalisées. Et Chris représente le deuxième monde de Starr. Il est dommage d’avoir supprimer le regard du père sur cette intrusion blanche qu’il n’acceptera pas du tout au début.

The Hate U Give, le film, avec Amandla Stenberg et K.J Apa

Amandla Stenberg (Starr) et K.J Apa (Chris)

Étrangement, The Hate U Give qui fait pourtant déjà deux heures, m’a donné la sensation qu’il manquait des scènes au montage final. On verra si une version longue est proposée sur le DVD. Peut-être est-ce juste parce que la chronologie des faits a été repensée.

 

The Hate U Give est un excellent film et une bonne adaptation dont la plus grande force réside dans son accessibilité. Il dégage quelque chose d’honnête et j’aime vraiment l’idée que peut-être il permettra à quelqu’un d’ouvrir les yeux, de l’inspirer, de lui donner de la force… Oui c’est ça, The Hate U Give est un film qui, bien plus que de colère, regorge avant tout d’espoir. Et ça, c’est sacrément précieux.

 

The Hate U Give, le film, avec Amandla Stenberg _Affiche

The Hate U Give – La haine qu’on donne
Un film réalisé par George Tillman Jr.
Sortie le 23 janvier 2019
Durée : 2 hrs 12
Avec : Amandla Stenberg, Regina Hall, Russell Hornsby, Lamar Johnson,
Issa Rae, Sabrina Carpenter, K.J Apa…

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